La
Thailande ne doit pas qu'à ses paysages tropicaux d'attirer
chaque année des millions de visiteurs. Riche d'un long passé
au carrefour des grandes civilisations asiatiques, elle a su préserver
une personnalité affirmée tout en se lançant
dans une rapide industrialisation. Tour à tour frénétique
et sereine, spectaculaire et subtile, elle reste en permanence séduisante.
Habitant un fertile pays de mousson à mi-chemin entre l’Inde
et la Chine, les deux civilisations qui ont façonné
l’Asie du sud-est, les Thaïs possèdent depuis
toujours l’art d’assimiler les influences extérieures
sans jamais renoncer à leur originalité. Ainsi, bien
qu’ils soient originaires du sud de la Chine, leur phonétique
diffère grandement de celle de tous les dialectes chinois.
De même, leur écriture dérive d’un ancien
alphabet de l’Inde du sud mais se révèle bien
distincte. Membre aujourd’hui de l’Ansea, c’est
avant tout un souci d’indépendance qui a marqué
l’histoire politique d’un pays qui, contrairement à
tous ses voisins, le Myanmar (Birmanie), le Laos, le Cambodge et
la Malaisie, a su éviter la colonisation européenne.
Cette identité obstinément défendue repose,
depuis l’époque de Sukhothai (XIIIe-XIVe siècle)
qui vit prospérer le premier grand Etat thaï, sur deux
piliers fondamentaux : le bouddhisme theravada et la royauté.
Les couleurs du drapeau moderne thaïlandais (thong trai rong)
reflètent d’ailleurs cette réalité. Le
blanc symbolise le bouddhisme, le bleu la monarchie et le rouge
la nation. Malgré son nom, Prathet Thaï (Pays du peuple
thaï), la Thaïlande n’est pas habitée uniquement
par des Thaïs. Ceux-ci ne représentent en effet qu’environ
80% d’une population de 60 millions d’individus. Si
les tribus montagnardes forment les minorités ethniques les
plus connues, c’est la communauté chinoise qui est
la plus importante, et la mieux intégrée. Elle détient
les principaux leviers de l’économie et cet ascendant
a parfois suscité des mouvements xénophobes. En 1939,
une vague de nationalisme a mené l’abandon de l’ancien
nom du pays, « Siam », sous la houlette du Premier ministre
Phibun Songkram.

La
Thaïlande se divise en quatre principales régions aux
topographies contrastées et il existe de subtiles différences
entre les peuples et les dialectes de la plaine centrale, du nord,
du nord-est et du sud.
Montagneux et boisé, le nord est resté longtemps isolé,
et des tribus montagnardes essaient d’y maintenir un mode
de vie ancestral malgré la modernisation générale
de la société et le développement du tourisme.
Dans le sud, l’isthme de Kra, propose 2500 km de côtes
que séparent, entre le golfe de Thaïlande et la mer
d’Andaman, des forêts pluviales et des plantations de
caoutchoucs. L’islam et la culture malaise y exercent une
grande influence. Entre ces deux extrêmes, la plaine centrale,
berceau de la civilisation thaïe, étend son réseau
de rivières et de canaux irriguant les rizières. Près
de l’embouchure du Chao Phraya, la capitale, Bangkok, s’étale
un peu plus chaque année.
C’est une des cités les plus polluées et les
plus encombrées du monde, même si la splendeur que
lui donnèrent les premiers rois de la dynastie régnante
des Chakri reste visible.
Le nord-est du pays, occupé par le plateau de Khorat, l’Isan,
est la région la plus pauvre, que borde à l’est
le Mékong marquant la frontière avec la Laos.
Des communautés rurales traditionnelles, souvent de souche
lao-thaie, y survivent d’une agriculture de subsistance.
Développement
économique
L’agriculture est longtemps restés le pilier
de l’économie thaïlandaise mais, depuis le milieu
des années 80, une politique volontariste et un climat international
favorable aux investissements étrangers ont déclenché
une rapide industrialisation, entraînant pendant plusieurs
années une croissance de plus de 10%. Les matières
premières viennent au premier rang des importations. Le riz
garde une grande place dans les exportations, mais textiles, électronique,
équipement mécanique, joaillerie et conserves de produits
de la mer en représentent une part toujours plus importante.
Avec plus de 6 millions de visiteurs chaque année, le tourisme
est devenu la première source de devises étrangères.
L’infrastructure d’accueil s’est toutefois développée
de manière inégale. Bangkok, Chiang Mai et les stations
balnéaires attirent la majorité des étrangers,
et des hôtels de luxe y proposent un confort digne des meilleurs
établissements mondiaux, tandis que d’autres régions,
tel le plateau de Khorat, restent peu fréquentées
et sous-équipées.

Cette
réussite économique n’a pas eu que des conséquences
bénéfiques. Bangkok, où se sont concentrées
les activités commerciales, a connu une croissance anarchique
et, avec une population de 7 millions d’habitants en constante
augmentation, demeure en permanence au bord de l’asphyxie.
La répartition des richesses pose elle aussi problème.
Si la pauvreté a reculé, l’écart des
revenus entre les citadins et les paysans des régions les
plus isolées s’est considérablement accru. L’éducation
peine à suivre le rythme du développement économique.
Former une génération en mesure d’entretenir
la croissance au XXIe siècle est un des défis majeurs
auxquels fait face la Thaïlande.

L’environnement
a subi de nombreux dommages au cours des cinquante dernières
années. Ainsi, la couverture forestière est passée
de 70% de la superficie du pays à environ 20% actuellement.
Chasse et destruction des habitats naturels ont provoqué
la disparition de plusieurs espèces animales, et d’autres
restent menacées malgré les mesures prises depuis
les années 1970 pour préserver une faune et une flore
exceptionnelles.
Société et politique
Malgré les tensions accompagnant la modernisation, la société
thaïe reste relativement stable. Comme dans une grande partie
de l’Asie, la famille étendue y joue un rôle
central. Les enfants habitent avec leurs parents et, souvent, dorment
dans le même pièce jusqu’à leur mariage.
Très peu de thaïlandais vivent seuls. Bien qu’il
n’existe pas de système de castes, une stricte

hiérarchie
sociale, dont le roi occupe le sommet, régit les rapports
quotidiens. Le statut de chacun dépend de la richesse et
des relations de sa famille… Et de son sexe. Les femmes n’ont
guère voix au chapitre dans la société malgré
leur importance dans la vie économique, qu’elles travaillent
aux champs ou dans des bureaux.
Le wai, salut traditionnel qui fait joindre les mains près
du menton, est ainsi toujours à l’initiative du plus
jeune ou de la personne de statut inférieur. D’autres
règles de bienséance prédominent dans toutes
les classes. Ainsi, même si les thaïs manifestent une
grande tolérance envers les cultures étrangères,
ils éprouvent de la gêne devant des gens manifestant
leurs émotions, la colère en particulier. Et ils risquent
de s’offusquer en cas de manque de respect envers le roi ou
la religion. Le crime de lèse-majesté demeure d’ailleurs
passable de prison. Constitutionnelle depuis 1932, la monarchie
reste presque aussi révérée qu’à
l’époque où les souverains étaient chakravatin
(maîtres de a vie).
Accédant au trône en 1946, le roi actuel, Bhumibol
Adulyadej (Rama IX), est le plus ancien souverain régnant
du monde, et son influence dépasse largement ses prérogatives
officielles purement protocolaires.

Comme
ses prédécesseurs, il s’est plié pendant
sa jeunesse à la coutume de se retirer temporairement dans
un monastère, une pratique encore très répandue
dans l’ensemble de la population masculine. Car il n’existe
pas de frontière stricte entre sacré et profane, et
la communauté monastique bouddhiste (sangha), forte de quelque
250000 membres, joue un rôle central dans la vie sociale.
Les moines conduisent les nombreux rituels, grandes fêtes
rythmant l’année ou simples bénédictions
quotidiennes, et se transforment souvent dans les campagnes en maîtres
d’école, une profession qui jouit d’une immense
considération en Thaïlande. Il n’en va pas de
même des politiciens. Il est vrai que le pays a connu dix-neuf
coups d’Etat militaires (dont dix réussis) depuis 1932,
et que la constitution en vigueur depuis 1991 limite singulièrement
le pouvoir des électeurs en laissant au Premier ministre
le soin de nommer les 270 membres du sénat votant avec les
360 députés élus. Une situation qui favorise
passe-droits et maintien des privilèges. Les espoirs qu’avait
suscités en 1992 la démission du général
Suchinda, après la sanglante répression de manifestations
pour la démocratie, restent encore à concrétiser.
Arts
et culture
Traditionnellement, les arts plastiques sont en Thaïlande presque
exclusivement dédiés au bouddhisme theravada. Le wat
offre donc le cadre naturel où admirer l’architecture
recherchée, les innombrables images du Bouddha, les peintures
murales, les sculptures sur bois, les reliefs en stuc, les décors
de mosaïque et les panneaux laqués ou incrustés
de nacre créés au fil des siècles par des artistes
presque toujours anonymes.
La littérature et les formes de théâtre dansé
classique comme le khon et le lakhon ont pour principale source

d’inspiration
le Ramakien, version thaïe de l’épopée
sacrée hindoue du Ramayana. Le grand poète de XIXe
siècle Suthorn Phu a cependant laissé une œuvre
originale. Qu’elle soit d’avant-garde ou attachée
à offrir une nouvelle vision de thèmes bouddhiques
traditionnels, la peinture contemporaine jouit d’un engouement
croissant. La musique populaire associe avec bonheur influences
occidentales, rock et jazz en particulier, et thèmes classiques
ou folkloriques thaïlandais. Des orchestres traditionnels,
piphat, continuent d’accompagner les rencontres de boxe thaïes
(muay thaï), le sport national.
Parmi les autres activités de loisir appréciées
figurent le takraw, sorte de volley-ball où les joueurs peuvent
utiliser les pieds, et les joutes de cerfs-volants.

De
nombreuses festivités donnent lieu à des réjouissances
exubérantes rythmées par le changement des saisons
et le calendrier religieux, les thaïs cherchant en permanence
dans la vie son aspect sanuk, « amusant ».